26-08-13

Armes chimiques contre l'Iran : Washington en savait trop

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26 août 2013

Les Etats-Unis continuaient à renseigner Bagdad dans les années 80 alors qu'ils savaient pour les armes chimiques, révèle «Foreign Policy», documents de la CIA à l'appui.

Les Etats-Unis ont renseigné l'Irak sur des préparatifs d’offensives iraniennes pendant la guerre Iran- Irak dans les années 1980 tout en sachant pertinemment que Bagdad y répondrait par des attaques à l’arme chimique. C'est ce que révèle ce lundi Foreign Policy, magazine américain spécialisé dans les affaires étrangères, en s’appuyant sur des documents déclassifiés de la CIA et des témoignages d’anciens responsables. Une information qui résonne avec l’actualité syrienne de 2013.

 

D'après le magazine, les États-Unis savaient dès 1983 que l’Irak opérait des attaque au gaz sarin ou de tabun. Le site de Foreign Policy relaie un document de la CIA rapportant l’année suivante que l’Irak «avait commencé à utiliser de l’agent neurotoxique sur le front de Bassorah». 

Fin 1987, la CIA repère, grâce à des images satellites, une brèche dans la défense irakienne à hauteur de Bassorah. A la même époque, l’Agence du renseignement de la défense américain (DIA) prévient dans un rapport que l’offensive de printemps de l’Iran allait être plus importante que les précédentes. Si Bassorah tombait, les forces armées s’effondreraient et l’Iran gagnerait la guerre.

Pour le président de l'époque Ronald Reagan, informé, «une victoire iranienne est inacceptable». La DIA est alors autoriseé à divulguer des informations à l’Irak sur les positions et sur les mouvements de troupes iraniennes, mais également sur la localisation de points stratégiques et sur ses défenses anti-aériennes.

Le gaz sarin et le gaz moutarde est utilisé avant quatre attaques militaires début 1988, organisées grâce aux renseignements américains. A chaque fois elles sont coordonnées avec un feu d’artillerie nourri pour déguiser les effets des agents neurotoxiques. La CIA n’est pas sûre du nombre de victimes. Le bilan pourrait se situer entre «plusieurs centaines» et «plusieurs milliers».

Seringues d’atropine

Selon la CIA, les deux-tiers de toutes les armes chimiques utilisées lors de la guerre l’ont été dans les derniers 18 mois. La guerre a duré de 1980 à 1988 et a fait plusieurs centaines de milliers de morts selon les sources.

«A partir de 1988, le renseignement américain parvenait sans obstacle aux forces armées de Saddam Hussein. En mars de la même année, l’Irak lançait une attaque de gaz neurotoxique sur le village kurde d’Halabja dans le nord du pays», relève Foreign Policy. L’attaque avait fait 5 000 morts.

L’article rapporte également les propos d’un officier retraité de l’Air Force, Rick Francona, attaché militaire à Bagdad en 1988. Il explique avoir visité la péninsule de Fao juste après l’attaque, «il a trouvé un champ de bataille jonché de seringues auparavant remplies d’atropine, le médicament couramment utilisé pour traiter les effets létaux du sarin». Il ajoute : «les Irakiens ne nous ont jamais dit qu’ils comptaient utiliser des gaz neurotoxiques. Ils n’ont pas eu à le faire, on le savait déjà».

http://www.liberation.fr/monde/2013/08/26/armes-chimiques-contre-l-iran-washington-en-savait-trop_927190

http://fr.scribd.com/doc/163048832/CIA-Confirms-Iraq-Used-Nerve-Agent

 

12-06-13

PRISM: Bruxelles hausse le ton contre Washington

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Bruxelles, 11.6.2013

Viviane Reding, la commissaire à la Justice, réclame des explications sur Prism. Pour Bruxelles, Prism met «en danger le droit fondamental à la protection des données».

Plutôt prudente depuis la révélation du controversé système américain de surveillance électronique , la Commission européenne sort enfin de sa torpeur. Viviane Reding, la commissaire à la Justice, vient ainsi d’envoyer, selon nos informations, une lettre à son homologue américain, Eric Holder, pour réclamer de façon très directe «des explications et des clarifications sur le programme PRISM», qui aurait permis depuis quelques années l’espionnage de tous les internautes actifs sur des sites comme Google, Facebook, YouTube ou encore Skype.

«Compte tenu de la gravité de la situation et des préoccupations exprimées par l’opinion publique de ce côté de l’Atlantique, vous comprendrez que j’attends des réponses rapides et concrètes aux questions que je pose», est-il écrit dans ce courrier, dont «Les Echos» ont obtenu une copie. Une longue liste d’une dizaine de questions est mentionnée dans la lettre: les Européens ont-ils été surveillés par Prism ? Quelle était l’étendue des informations collectées par ce programme ? Sa fréquence ? Etc. Des questions que se pose également l’Allemagne, qui a annoncé vouloir demander des explications alors que se profile la semaine prochaine la visite à Berlin de Barack Obama.

Dans sa lettre, Viviane Reding ajoute une allusion qui ressemble fort à une mise en garde dans la perspective de la négociation à venir entre Europe et Etats-Unis sur un accord de libre-échange. «Comme vous le savez, la Commission européenne est responsable devant le Parlement européen, qui devrait probablement évaluer la relation transatlantique à la lumière de vos réponses», poursuit ainsi la responsable luxembourgeoise. En clair, soyez transparents si vous voulez éviter que les eurodéputés mettent leur veto à un possible accord commercial. Depuis le traité de Lisbonne de 2009, l’enceinte européenne peut en effet bloquer un accord de libre-échange.

Viviane Reding et Eric Holder doivent se rencontrer vendredi à Dublin. Ce scandale devrait être abordé, de même que d’autres problèmes liés à la protection des données des internautes. Bruxelles veut obtenir que les citoyens européens puissent recourir à la justice américaine pour corriger des données détenues par des sociétés américaines et qui seraient fausses. Une simple réciprocité, alors que la possibilité est déjà offerte aux citoyens américains en Europe.

Bruxelles estime en tout cas que ces scandales rendent plus que jamais nécessaire l’adoption de sa directive sur la protection des données proposée début 2012. Cette législation prévoit notamment un «droit à l’oubli» numérique pour l’internaute et l’obligation pour les entreprises d’avertir les autorités en cas de faille de sécurité. La loi s’appliquerait à tous, y compris aux entreprises américaines opérant en Europe. Ces dernières ont depuis un an lancé une grande opération de lobbying contre ces mesures, jugées trop contraignantes. Plus de 4.000 amendements ont été déposés au Parlement européen. Les Etats membres sont, eux, profondément divisés. La Grande-­Bretagne, notamment, mène la fronde contre une législation jugée trop lourde pour les entreprises.

Bureau de Bruxelles

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202821199298-bruxelles-preoccupe-au-plus-haut-niveau-par-l-affaire-prism-574351.php

Photo: 17 Février 2011 - Le président Barack Obama rejoint un toast avec le PDG d'Apple Steve Jobs et d'autres cadres techniques lors d'un dîner à Woodside, en Californie.

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