07-07-13

La montée du fascisme

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" Tout est près. Les pires conditions matérielles sont excellentes. Les bois sont blancs ou noirs. On ne dormira jamais." André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924.

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En janvier 1920 il y a plus de 2 millions de chômeurs et nombre d'entre eux sont d'anciens combattants qui n'ont pu retrouver de travail depuis leur démobilisation. Le mécontentement de 1919 est tout aussi vivace et les agitations sociales ne vont que s'amplifier au cours des mois suivants.

En avril un mouvement de grève démarré à Turin s'étend peu à peu à près de 500.000 ouvriers. Mussolini soutient les grévistes dont il qualifie l'action de "première grande révolution du peuple italien contre les exploiteurs". Mais, en même temps, dans son journal "il Popolo d'Italia", il précise que la crise subie par l'Italie est celle de la bourgeoisie et des classes dirigeantes mais que c'est aussi celle du socialisme et que la crise du socialisme est plus grave et plus tragique que les autres.

Le 12 avril, au cours de son 2eme congrès, à Naples, le PPI retire son appui au gouvernement Nitti dont les jours sont désormais comptés. Le 24 mai, à Rome, une manifestation en faveur de d'Annunzio tourne mal et fait cinq morts dont quatre policiers. Début juin Nitti décrète une augmente du prix du pain. Mais devant l'opposition de nombreux députés il fait machine arrière et démissionne le 9 juin. L'Italie devient de plus en plus ingouvernable et Giovanni Giolitti, qui le remplace, ne réussit a former un ministère que sur un programme qui, entre autres, prévoyait l'établissement d'un véritable régime parlementaire et la confiscation des profits de guerre.
Les ouvriers prennent en main les usines

Le nouveau chef du gouvernement est immédiatement confronté à une série de grèves et emploie l'armée pour y mettre fin entre autre à Milan et Piombino. Le 26 juin le 11e régiment de bersaglieri, à Ancône, se mutine et refuse d'obéir à ses officiers, mais le calme revient rapidement dans la caserne. Début août les négociations sociales en vue d'adapter les salaires au coût de la vie, que l'inflation fait grimper à vitesse vertigineuse, sont rompues par le patronat et la grève générale éclate le 19 août. Mussolini assure les ouvriers en grève de son attention sympathique à condition toutefois que le mouvement ne dégénère pas en violence contre les hommes ou contre les machines.

Le 28, les établissements Romeo de Milan tentent de faire occuper leurs usines par la police. La réaction des ouvriers à Milan et Gènes est immédiate : ils occupent près de 500 usines et élisent des "conseils d'entreprises" qui se substituent aux patrons. Ces "conseils" se veulent être le prélude à la destruction du capitalisme et de la propriété privée aussi Giolitti s'inquiète-t-il mais reste calme et par précaution fait procéder au retrait des troupes italiennes d'Albanie afin de renforcer celles du territoire. Puis, discrètement, il fait occuper les villes industrielles sans déloger les ouvriers. Dans le même temps il engage des négociations avec les syndicats. La CGT calme le jeu et ne suit pas les ouvriers que veulent transformer les occupations d'usines en insurrection générale, par contre elle négocie la reconnaissance du principe du contrôle ouvrier sur les entreprises. Dans son journal Mussolini s'indigne alors à propos de la lenteur des négociations :
Peu importe que les usines appartiennent aux patrons ou aux ouvriers pourvu que l'on travaille!

Le 27 août d'Annunzio donne une Constitution révolutionnaire à Fiume. Les statuts sont totalitaires et conviennent à Mussolini qui écrit le 11 septembre :
Ces statuts sont "vivants" et ne sont pas seulement pour Fiume mais pour toute l'Italie !

Le 21 septembre, à Rome, salariés, patronat et gouvernement tombent enfin d'accord sur un projet de loi favorable au "contrôle ouvrier" des usines. Le 4 octobre le travail reprend alors partout et le projet de loi tombera vite dans les oubliettes à la grande satisfaction des classes dirigeantes et du patronat qui a cru tout perdre en peu de temps.
Montée en puissance du fascisme

Les mouvements sociaux s'étant momentanément calmés, Mussolini se déclare franchement contre-révolutionnaire et appelle tous les hommes d'ordre à se rassembler autour de lui, contre le bolchevisme et l'anarchie.

Dès cette prise de position nette, le fascisme devient puissant en hommes, las des socialistes qui désorganisent le pays tout en s'en prenant aux anciens combattants rendus responsables de la guerre et de ses suites économiques catastrophiques. Il devient puissant en argent, fourni par les grands industriels encore sous le choc des soulèvements ouvriers à peine calmés. Enfin il devient puissant par les armes que lui fournit le ministère de la guerre pour équiper sa milice, les "squadri", auxiliaires de la police face aux éventuelles futures agitations socialistes.

A cette époque les fascistes ne représentent pas encore une force considérable. Cependant, vêtus de leur chemise noire, ils organisent alors des expéditions punitives où la terreur bolchevique est combattue par la terreur fasciste. Les adversaires sont roués de coups et purgés à l'huile de ricin. Lorsque Italo Balbo, chef du "fascio" de Ferrara, réprime violemment une grève d'ouvriers agricoles, lorsque le 14 octobre, à Trieste, les fascistes incendient les bureaux du Journal socialiste "Il Lavatoro", la police n'intervient pas car Giolitti pense encore pouvoir contrôler les "squadri", mais il est déjà trop tard ! Comme à Trieste, la Chambre du Travail de Bologne est investie le 4 novembre et les coups de force ne font que commencer !

Le 12 novembre l'Italie signe avec la Yougoslavie le traité de Rappallo par lequel elle obtient définitivement toute la Vénétie et l'Istrie, les îles de Cherso, Lussin, Lagosta et Pelagosa ainsi que l'enclave de Zara. En contrepartie Fiume est reconnue comme état indépendant. Cependant ce traité, favorable aux italiens, mécontente les nationalistes dont d'Annunzio qui, en représailles, fait occuper quelques îles yougoslaves des alentours de Fiume,

Avec ou sans rapport avec l'affaire de Fiume, l'avocat nationaliste Giordani, mutilé de guerre et conseiller municipal de Bologne, est alors assassiné. Alors, dans toute l'Italie, les affrontements entre fascistes et socialistes redoublent de violence. Le 21 novembre, lorsque la nouvelle municipalité socialiste de Bologne se présente à la foule, sur le balcon de la mairie, les "squadriti" ouvrent le feu faisant 10 tués. Ils renouvellent leur action le 10 décembre à Ferrara. Alors les fascistes s'attaquent à toutes les coopératives et à tous les sièges locaux du parti socialiste sans que la police n'intervienne. Le 15 décembre des ouvriers tentent d'assassiner Dino Grandi, vétéran de la guerre, sous prétexte qu'il ose porter une décoration militaire. Le lendemain Grandi s'inscrit au faisceau de Bologne, avec Balbo il deviendra l'un des chefs du fascisme.

Décembre 1920. Pour mettre un terme à l'équipée de Fiume, qui envenime la politique intérieure et les relations extérieures de l'Italie, Giolitti laisse le soin au général Caviglia, vainqueur de Vittorio Veneto, d'organiser une expédition sur la ville rebelle. Devant l'armée italienne d'Annunzio refuse de se soumettre et l'attaque débute le 25 décembre. Le 31 décembre d'Annunzio capitule après quatre jours de combats plus ou moins symboliques mais qui auront tout de même coûté la vie à 54 personnes. Les nationalistes s'indignent et parlent du "Noël de sang". C'est la fin de la vie politique de d'Annunzio. Mussolini lui rend honneur puis utilisera à son profit sa gloire, son nom, sa tenue symbolisée par une chemise noire et son cri de guerre. d'Annunzio, jusqu'à son décès en 1938, ne le lui pardonnera jamais.

Fin 1920, le fascisme est devenu une grande force de persuasion. Il lui reste à devenir une force politique légale.

http://www.maginot.org/histoire/it22-000_fr.htm

http://dormirajamais.org/gentile/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sal%C3%B2_ou_les_120_Journ%C3%A9es_de_Sodome

http://en.wikipedia.org/wiki/Sal%C3%B2,_or_the_120_Days_of_Sodom

http://criticallegalthinking.com/2012/11/29/pasolinis-salo-torture-is-political/

Photo: Salò ou les 120 Journées de Sodome (Salò o le 120 giornate di Sodoma), un film italien réalisé par Pier Paolo Pasolini et sorti en France le 19 mai 1976. Il s'agit du dernier film du cinéaste, assassiné quelques mois avant sa sortie. Pasolini s’élèvait contre la société de consommation et le capitalisme. Il dénonçait dans son film, une nouvelle fois, les horreurs de la société bourgeoise.